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  • extrait des liaisons presque dangereuses: chapitre 3

    encore un petit extrait


    Les Mectons prennent le temps d’un petit bisou avant de partir nourrir les ambitions de l’éducation nationale. Je me glisse alors dans des draps tièdes dans lesquels l’Amie semble ne plus m’attendre. Le sommeil l’a captée tout entière depuis des siècles, à en croire son visage lisse et serein. Je ne cherche même pas à jouer le prince charmant de la belle au bois dormant, je redoute en effet l’absence de réaction de la princesse.

    L’Amie se ressource tous les mercredis, ayant découvert qu’une activité postcrabique n’était pas de tout repos. Il est des crabes de la pire espèce qui vous grignotent de l’intérieur et se retirent en laissant derrière eux un champ de bataille dont les gravats demanderont des années à être déblayés. Cette expérience nous a conduits à une certaine méfiance vis-à-vis des fruits de mer. Un bon crabe est un crabe baignant dans la mayonnaise, parole de cow-boy !
    Voyons plutôt l’aspect positif de la situation. Qu’il est bon de se coucher au petit matin près de sa douce et tendre Amie, de se coller contre son corps chaud et de s’assoupir avant qu’elle n’ouvre les yeux. Les deux dernières matinées avortées me sont fatales. Je sombre dans un gouffre dont je m’extrais quatre heures plus tard sans en avoir touché le fond. L’Amie nous prépare un repas dont les effluves sont autant de promesses non voilées.

  • extrait des liaisons presque dangereuses: chapitre 3

    — Papa, c’est quoi un Jacuzzi ?
    — Il me faut quelques secondes pour relever le nez de mon assiette. J’ai l’impression que mon fils m’a adressé la parole. Je l’interroge du regard.
    — C’est quoi un Jacuzzi ?
    Il est sympa, mon Mecton, mais quelquefois un peu fatigant. Il me prend souvent pour une encyclopédie vivante, et je n’ai pas intérêt à le décevoir.
    — Bon, un Jacuzzi, c’est une sorte de baignoire inventée par un italien, qui s’appelait Jacques Uzzi. Un jour qu’il pétait dans son bain, ça l’a chatouillé de partout, et il s’est dit que ça serait bien d’avoir plus de bulles. D’où le Jacuzzi.
    — Tu es sûr du nom de l’inventeur ?
    — Si je te le dis ! En fait son vrai nom était Giacomo Uzzi, mais on l’a plus ou moins francisé. Comme Léonard de Vinci.
    — Et le spa, papa, c’est quoi ? C’est comme le Jacuzzi ?
    — Oui, on peut dire, mais en plus grand. Et tu sais que le modèle le plus connu a été inventé par Joe Dassin ? On l’appelle le spa Dassin.
    — Pfff… n’importe quoi !
    — Tiens, pendant qu’on parle des inventeurs célèbres, tu sais qui a inventé les jantes alu ?
    — Oui, un mec qui s’appelait Jean Talu.
    — Ah bon, tu le connais ? C’était un passionné de belles voitures…
    — Papa, si tu continues à raconter n’importe quoi, je ne te demanderai plus rien.
    — Ben, c’est peut-être le but du jeu.
    — Papa, t’es pas drôle !

  • petit texte de concours amical

    voici un petit texte écrit en décembre dernier, toujours dans le cadre d'un concours entre amis.
    la contrainte de départ était de commencer par cette phrase:
    "Je hais les gens qui ont de l'esprit"

    Je tiens à vous avertir: je n'ai aucune animosité envers les chercheurs de CNRS. Je les ai choisis par pur caprice. Et ne cherchez pas de propos racistes non plus, ma seule motivation était ici le calembour.
    je vous souhaite bonne lecture.





    Je hais les gens qui ont de l’esprit. Comprenez-moi, ces gens-là ne sont pas comme nous. Ils sont haïssables par essence, et pas seulement de térébenthine. Afin de bien vous faire comprendre le bien fondé (de pouvoir) de cette assertion, une petite leçon de choses s’impose. Prenez un individu spirituel. Blanc, de préférence, car le négro spirituel sera abordé dans une autre rubrique dédiée à l’univers musical nord-américain.

    Maintenant, observez cet individu sous toutes les coutures. S’il en est dépourvu, jetez-le et choisissez-en un qui en possède au moins une demi-douzaine (pour toute commande importante, adressez-vous au Docteur Franckeinstein, 2 allée du cimetière, en évitant les nuits de pleine lune).

    L’homme d’esprit, comme vous pouvez le constater, est facilement reconnaissable à sa calvitie naissante, deux doigts de part et d’autre de la fontanelle et un doigt sous les sutures pariéto-temporales (voir Larousse médical illustré, pages 234 et 235, schéma 2 et 3bis). Cela s’explique aisément par une activité cérébrale intense responsable d’une surchauffe de l’encéphale de deux tiers de degré celsius, laquelle surchauffe s’échappe par le pont cérébral, l’aqueduc de Sylvius, puis après un court passage à travers le corps calleux, vient percuter, via les deux pariétaux, la structure osseuse en trois points précis.

    Voilà pourquoi je hais les gens d’esprit : ils ne sont ni plus ni moins que des chauves en puissance. Inutile de vous préciser en quoi les chauves sont haïssables. Ces êtres sans pudeur, arborant une boule lisse sans aucun complexe, n’ont même pas la décence de se couvrir d’un bérêt ou d’un haut-de-forme ! Cette peau tendue est un appel à la caresse crânienne, si ce n’est pire ! combien de fois ai-je vu, sur la voie publique, d’innocents petits enfants tendre la main vers ces globes impurs, dans l’espoir d’en expérimenter la texture ? Il m’arrive encore d’en faire des cauchemars, quand le trop plein d’indignation met le feu aux poudres du vase prêt à déborder.
    Réfrénez vos haut-le-cœur, car le pire n’a pas été dit ! Non contents de se balader la boule à zéro, ces êtres abjects sont tous myopes et presbytes, à force de lectures, d’écritures en tous genres, de scribouillages, dirai-je ! Regardez attentivement, votre spécimen : Sans ses lunettes, ses yeux se réduisent à de misérables fentes, témoins d’une sournoiserie telle qu’on n’en avait pas vues depuis Tintin et le lotus bleu. Ces cloportes au petits yeux, fourbes et cruels, ne se masquent même pas le visage. Je demande aux autorités de rendre obligatoire le Chadri pour les intellos ! À ce sujet, je vous invite à signer la pétition qui circule en ce moment dans les rangs de l’assemblée. Je vous remercie au passage.

    Continuons l’inspection de notre cobaye. Le nez proéminent s’explique par la présence de lunettes, bien évidemment, et les oreilles décollées également. La bouche fine est caractéristique d’une prédisposition à la conférence. En effet, des lèvres épaisses seraient, pour un orateur, source d’inertie et de dépense énergétique superflue. D’ailleurs, on n’embrasse pas un intellectuel. Outre qu’il est naturellement repoussant, son absence de lèvres est une invitation à la chasteté. Alors, me direz-vous, comment se reproduisent-ils ? Ce mystère a longtemps été l’écueil sur lequel les scientifiques du monde entier se sont cassés, tour à tout, les dents, les reins, les c… et les oreilles. Aujourd’hui, je peux vous le révéler. De retour d’une mission de vingt longues années au sein d’une tribu de gens d’esprit au CNRS, je vais vous dévoiler ce qui tourmente les hommes de bien depuis tant et tant de générations. Ne paniquez pas, respirez lentement, tout va bien se passer.

    En fait, la solution était d’une telle simplicité que personne n’y avait songé avant moi. Les gens d’esprit se reproduisent entre eux !

    Euh… La dame au troisième rang vient de faire un malaise. Quelqu’un peut-il appeler le SAMU ? Merci.
    Mais, me direz-vous, comment ces êtres ignobles peuvent-il consommer l’acte de chair ensemble ? tout simplement parce que, dépourvus de la moindre sensibilité, du moindre goût, ils n’ont tout simplement pas cette aversion, qui pourrait sembler aller de soi, pour les individus de leur espèce. Cela soulève cependant une autre question de taille. Comment ces sous-produits de l’humanité peuvent-ils être féconds ? C’est précisément la raison de ma présence parmi vous, ce soir. Mon prochain projet d’étude portera justement sur les caractéristiques du spermatozoïdus spirituali sapiens sapiens. Je devrai, pour m’acquiter de ma mission, effectuer de nombreux prélèvements, en zone sensible. Un petit panier circule actuellement entre les rangs. Votre générosité me permettra de financer le projet, sachant que je risquerai ma vie au quotidien. C’est à ce prix que nous ferons avancer la recherche.

    Avant de vous quitter, je voudrais vous annoncer une grande nouvelle. Dès l’année prochaine, sera organisé un spirithon, afin de recueillir, à l’échelle nationale, des fonds pour lutter contre les gens d’esprit. Mesdames et messieurs, donnez !
    Je vous remercie.

  • Encore un dahlia noir

    voici un petit texte écrit à l'occasion d'un concours entre amis, pour le simple plaisir.

    la contrainte de départ était de rédiger un polar et de placer dans le texte les mots suivants, dans l'ordre:

    gadoue - olé - cantique - rectangle - buvard - coquille - serpentin


    après lecture, vous aurez peut-être l'impression que ces mots n'y sont pas. Mais cherchez bien!





    Encore un dahlia noir


    Sale affaire, se répétait Nestor en arpentant les pièces de la luxueuse demeure du bord de mer. Sale affaire. Et encore, il n’avait pas vu le principal.
    — Commissaire Boyaux, par ici !
    Forcément, le sursis avait été de courte durée. Le spectacle n’avait rien d’une Disney parade.
    — Il en manque un bout, non ?
    — Euh… oui, commissaire, nous n’avons pas encore retrouvé les jambes.
    — Continuez à chercher, mais auparavant, faites-moi un topo sur la situation.
    — Guilaine Shérif, quarante ans, chef d’entreprise…
    — Dans quel domaine ?
    — Elle vendait des bougies. Pour les automobiles.
    — C’était une allumeuse ?
    — Encore trop tôt pour l’affirmer, commissaire.
    — Et pourquoi l’a-t-on coupée en deux ?
    L’inspecteur marqua un temps d’hésitation, puis se reprit.
    — Encore trop tôt pour le savoir.
    Nestor remarqua avec surprise la présence d’une fleur dans les cheveux de la victime. Un dahlia noir, certainement. Pas une fleur de tous les jours.
    — La légiste est arrivée ?
    — Oui, commissaire, elle est juste derrière vous.
    Le médecin légiste était une ancienne actrice qui avait brillé en son temps, particulièrement dans un feuilleton mémorable contant les aventures d’une princesse en Avignon. Elle s’était découvert, sur le tard, un don unique pour déterminer, sur chaque scène de crime, l’heure de la mort de la victime.
    — Marthe Keller ? soupira Nestor sans se retourner.
    — Vingt-deux heures quinze, répondit une voix derrière lui.
    — Bonjour, Marthe. Dites, la victime a un doigt rouge.
    — On ne peut rien vous cacher, commissaire. Elle a un doigt rouge, qui a servi à écrire sur le mur.
    Nestor s’agenouilla près du corps. Effectivement, une inscription en lettres de sang affirmait :
    Omar m’a découper.
    Il se releva et tourna la tête vers l’inspecteur.
    — Que dit le profiler ?
    — Que l’assassin est un basketteur de l’équipe de la Napoule, qu’il écoute du R’nB et qu’il fume des gitanes maïs. Ça ne va pas être facile de le coincer, avec si peu d’éléments.
    — Et comment a-t-il déduit tout cela ?
    — Oh ! euh… on a retrouvé, près du corps, un short, un cd d’Amel Bent et trois mégots.
    Un short, un dahlia noir. Nestor se surprit à tourner en rond. Un short, un dahlia noir. Quelque chose clochait.
    — Très bien. Dites, Mme Shérif était-elle instruite ?
    — Affirmatif. Elle était agrégée de littérature, auteur d’une thèse sur le rôle fondamental du participe passé dans les grandes affaires criminelles.
    — Merci, inspecteur. Combien de suspects ?
    — Quatre, commissaire. Le mari et trois employés de la maison. Ah, j’oubliais, on vient de retrouver les jambes de la victime au-dessus de l’armoire.
    — Quelle hauteur ?
    — Deux mètres quarante-huit.
    Sale affaire, vraiment. Il ne serait pas aisé de trouver un coupable parmi autant de suspects. Nestor, se sentait devenir nerveux.
    — Faites entrer le premier.

    Le suspect numéro un était vêtu d’une tunique blanche et coiffé d’une toque assortie, contrastant avec sa peau d’un noir profond.
    — Nom, prénom, taille et fonction, demanda sèchement Nestor.
    — Omar Thermi. Un mètre quarante-huit, cuisinier. Je suis un bon gars, je n’aurais pas fait de mal à Mme Shérif, vous savez ?.
    — Un bon gars d’où ?
    — De Ouagadougou.
    — Que faisiez-vous hier dans la soirée ?
    — Je dormais, monsieur le commissaire.
    — Bien, vous pouvez disposer.
    — N’allez-vous pas un peu vite en besogne ? osa l’inspecteur quand Omar Thermi fut sorti.
    — Mais non, inspecteur, vous voyez bien que ce type est un bon gars, comme il le dit lui-même. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

    Le deuxième suspect entra à son tour et déclina son identité en pouffant dans sa moustache.
    — Omar Allard, cuisinier également. Un mètre trente-cinq. J’étais en cuisine hier soir.
    — Bien, merci. Heureux de constater que la situation n’entache pas votre bonne humeur.
    Tandis que le deuxième cuistot prenait congé, l’inspecteur explosa.
    — Mais enfin, commissaire, on ne pourrait pas les cuisiner un peu plus que ça ? Je suis sûr que l’un d’eux se mettrait rapidement à table.
    — Pas de panique, inspecteur. Vous avez vu comme il a rigolé pendant l’entretien ? Un homme aussi jovial ne peut pas être un assassin.
    — Tout de même, ne trouvez-vous pas étrange que tous les employés de cette maison soient si petits ?
    — Un détail, inspecteur, un simple détail. Ne vous attardez pas sur d’aussi infimes éléments.

    Le troisième suspect arborait un costume trois pièces de chez Gucci, une chevelure coiffée au millimètre et une dizaine d’ongles manucurés.
    — Omar Shérif. Un mètre trente-deux. J’étais le mari de la victime, historien et auteur d’un célèbre ouvrage sur le Maroc antique. Hier soir, j’étais en cellule de dégrisement après un match de foot. Trop de bières. Contrôlé dans la rue. Embarqué direct.
    — Angleterre-France ?
    — Yes, sir. Trois zéro pour la France.
    — Merci, monsieur Shérif, vous pouvez disposer.
    — Ah, quel dommage, s’écria l’inspecteur, quand l’homme fut sorti. On tenait un mobile, c’était sans compter un alibi en béton.
    — Eh… oui, l’homme avait bu.
    — Va rien donner, cette enquête. Franchement, je ne la sens pas.
    — Patience, patience, il nous reste un suspect.

    — Alec Revisse. Deux mètres zéro quatre. Je suis le jardinier de Mme Shérif.
    — Arrêtez de fumer, quand je vous parle ! Et éteignez ce balladeur. Votre alibi pour hier soir ?
    — J’étais dans le poulailler, je cherchais un coq, il y en avait un de moins, et je craignais qu’il n’ait été victime d’un serpent introduit dans ces lieux.
    Nestor bondit vers l’homme, faisant sursauter par là même son subordonné.
    — Monsieur Revisse, je vous arrête pour le meurtre de Madame Shérif !
    — Vous n’avez aucune preuve, répliqua l’homme tout en levant les mains au dessus de ses épaules.
    — Au contraire, tout s’emboîte ! Pendant qu’Omar Thermi dort, qu’Omar Allart fait la cuisine, et qu’Omar Shérif est en prison, vous rêvez d’une partie de jambes en l’air avec votre patronne. Mais pas de chance, elle se refuse à vous. Alors vous la coupez en deux, jetez ses jambes par dessus l’armoire, et sous la menace d’une arme, vous la forcez à écrire ce message sur le mur avec son propre sang. Vous avez juste oublié un détail.
    — Bon sang, mais lequel ?
    — Vous êtes la seule personne, ici, à ne pas être prénommée Omar. Ce qui fait de vous le suspect numéro un. Vous êtes pris à votre propre piège, Alec Revisse. Embarquez-le !
    — Commissaire, il y a des jours où vous m’épatez. Franchement.
    — le métier, inspecteur, le métier. Vous y arriverez, un jour.

  • extrait des liaisons presque dangereuses: chapitre 19

    En décembre, les Mectons se sont investis à corps perdu dans l’organisation du Télésardine* , et ont conquis le public provinois en interprétant, avec la troupe de modern jazz de sainte-Colombe, une vision futuriste du Lac des Cygnes dans laquelle les volatiles ont été remplacés, faute de crédits, par de simples pigeons nourris aux OGM et baignant dans une flaque de marée noire. Les chasseurs arborant la moustache de José Bové et le tutu de rigueur, badigeonnaient ces pauvres bestioles d’huile d’olive, en rythme sur une musique classique de Joeystarr. Maurice Béjart se serait suicidé après avoir eu vent de ce véritable triomphe.
    Au cours de ce même mois, nous avons eu le plaisir de la visite de Nathalie. Nathalie a le don de mettre tout le monde d’accord à la maison. Explication par l’exemple :
    L'Amie : « Dis, l’Ami, tu veux bien qu’on invite Nathalie le week-end prochain ? »
    Le Mecton : « Maman, ça fait longtemps qu’on n’a pas vu Nathalie ! »
    La Mectonne : « Maman, quand est-ce que Nathalie revient nous voir ? »
    Moi : « L'Amie, si tu veux inviter Nathalie, je n’y vois aucun inconvénient… »


    *Le Télésardine est une manifestation caritative seine-et-marnaise calquée sur le Téléthon et visant à offrir aux plus démunis un apport quotidien en vitamine A.

  • extrait de mon 2e roman: la faim justifie qu'on mange des merles

    un petit extrait du chapitre 9


    A noter que récemment, j'ai été stupéfait en entendant à la radio (rire et chansons), un sketch de Sélig reprenant quelques idées de ce texte. Je jure que je n'ai pas plagié Sélig (d'ailleurs, j'ai déposé mon roman pour protection juridique à l'automne dernier), et je ne vois pas comment lui aurait pu me plagier. Il faut en conclure que nous avons eu les mêmes idées.

    voici l'extrait:



    Le trajet de retour est franchement sinistre. Moi, je ne suis pas franchement bavard, et Monica fait la gueule sur le siège passager. La radio nous annonce que les girondins de Bordeaux ont battu les Bordelais de la Gironde par trois buts partout. Je n’ai jamais rien compris à la philosophie du football. Je me demande même si c’est vraiment un sport, ou si l’on a inventé ce concept pour remplacer les jeux du cirque. Panem et circenses, comme l’aurait souligné ma professeur de Latin.
    Le visage de Monica se déride légèrement lorsque nous parvenons à hauteur de Villiers sur Marne.
    — Arrête-toi chez Ikéo, j’ai envie dé faire oune peu dé lèche-vitrine.
    — Tu es sérieuse ? Nous avons les moyens de nous payer du chêne massif, et tu veux aller chez Ikéo ?
    — Et pourquoi pas ?
    — C’est parce que Hugues Aufray leur fait de la pub dans sa chanson?
    — Hugues Aufray ? Je ne vois pas de quoi tu parles.
    — Laisse tomber.
    Je subodore une punition à peine masquée. La visite d’un magasin Ikéo est un véritable supplice pour le mari de la ménagère de moins de cinquante ans. Ikéo est la version moderne du conte du petit Poucet. Chaque magasin est conçu comme un gigantesque labyrinthe d’où l’on n’est jamais sûr de ressortir. Il n’est pas rare de buter sur le squelette d’un client oublié, entre deux salles de bains, ou sous un sommier à lattes. La boussole n’est d’aucun secours, pas plus que les sacs de gravillons. Les employés du magasin passent le balai tous les quarts d’heure, entraînant dans l’oubli toute tentative de marquage de l’itinéraire. La plupart de ces employés sont d’ailleurs d’anciens clients, récupérés le soir par la voiture balai. On leur propose alors un contrat léonin qui leur assure le gîte et le couvert, assortis d’un espoir de libération au terme de quelques années d’esclavage.
    Paradoxalement, les femmes, qui d’ordinaire butent sur la simple lecture d’une carte routière, sont parfaitement dans leur élément chez Ikéo. On les voit tracer la route sans hésitation, le nez au vent, flairant la bonne affaire du jour. Derrière, le mari, dépité et passif, se contente de suivre sa moitié en veillant à ne jamais la perdre de vue. Ikéo est d’ailleurs le lieu privilégié pour s’épargner une procédure de divorce.
    Monica ne fait pas exception à la règle. J’ai un mal fou à lui emboîter le pas. Mon GPS de poche ne reconnaît pas le magasin et se contente de m’informer que les satellites ne sont pas visibles. Je subodore un système de brouillage, d’autant plus que mon téléphone mobile a lui aussi déclaré forfait. Il est des jours où l’on se sent seul au monde dans un océan d’indifférence. Je croise un vieil employé d’origine maghrébine occupé à ramasser des petits cailloux dans l’allée. Trois secondes me sont nécessaires avant de pousser un cri perçant.
    — Ben Barka !
    — Ta gueule, me chuchote-t-il, il me reste une semaine à tirer. Casse-toi de là ! Zid ! Zid !
    J’obtempère et m’apprête à reprendre la route, quand je réalise que Monica a disparu de mon champ de vision. L’univers s’effondre autour de moi, et le sol se met à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’un sablier. Me voilà piquant un sprint dans le couloir, renversant trois fauteuils de bureau, un ordinateur en plastique et m’affalant sur une literie Grötås. Je me relève prestement et m’accroche au bras d’un vendeur.
    — Avez-vous vu passer une actrice italienne, voici trente secondes à peine ?
    — Oui, elle a pris la troisième à gauche, puis la deuxième à droite, me répond-il affablement. Bonne chance, ça ne va pas être facile de la rattraper.
    — Je vous connais, vous ! vous êtes Éric Tabarly !
    — Chut ! Vous ne m’avez pas vu !
    Nouveau sprint dans les allées, un coup à gauche, un coup à droite. J’entr’aperçois mon épouse près d’un vendeur de canapés qui ressemble à s’y méprendre au père d’Alain Colas. Je la rejoins en soufflant comme un taureau autour d’une piscine gonflable. Un couple est en pleine négociation avec le vendeur. J’entraîne Monica un peu plus loin.
    — C’est bon, on peut partir, maintenant ?
    — Okay, Pinocchio mio, on s’en va.
    — Ouf !
    — Les gens sont bizarres, tou sais ? tou as entendou lé couple devant nous ? Ils voulaient acheter oun canapé en phacochère. Jé croyais que c’était oune espèce protégée…
    — Monica, ils cherchaient un canapé pas trop cher ! fais-je simplement en ouvrant la portière de la Porsche. Tu devrais vraiment travailler ton français.

  • concours d'écriture

    salut à tous

    de temps à autre, sur des forums, je participe à des petits concours d'écriture, en toute amitié, sans aucun enjeu que le plaisir d'écrire.

    hier soir, j'ai écrit le petit texte ci-dessous, en 20 minutes environ. La contrainte de départ était de commencer le texte par la phrase suivante:
    Ses longs cheveux flottant au vent, la belle Natacha chevauchait sa jument noire à travers les bois des Arcanes...

    voici ce que j'ai pondu:


    Ses longs cheveux flottant au vent, la belle Natacha chevauchait sa jument noire à travers les bois des Arcanes...
    Enivrée par la brise légère qui l’enveloppait telle un manteau de soupirs, elle n’entendit pas de prime abord le coup de sifflet qui zébra l’espace autour d’elle. Puis, reprenant ses esprit, elle jeta à la dérobée un regard derrière elle.
    — Damned, ne put-elle s’empêcher de jurer, la maréchaussée ! Je suis faite comme une rate (en anglais : I am made like a ratgirl).
    Elle n’avait pas le choix. Sa destrière n’avait pas la vélocité des pur-sang entraînés par la police royale. Elle se résigna à stopper sa monture sur le bas côté. Un des deux soldats du roi mit pied à terre et s’approcha d’une démarche nonchalante que n’aurait pas reniée Jean Gabin dans Quai des brumes.
    — Police royale ! Permis de chevaucher et papiers du cheval, s’il vous plait.
    Natacha obtempéra, le regard bas et la queue entre les jambes. Le cheval également.
    — Savez-vous à quelle vitesse vous galopiez ? poursuivit l’agent.
    — Non, monsieur, je me suis laissée emporter par la griserie à l’approche de ce bois, et je n’ai pas regardé le compteur.
    — Le bois des arcanes est limité à cinquante lieues à l’heure, et vous avez été flashée à soixante-cinq.
    — Oh, monsieur l’agent, s’il vous plait, ne pouvez-vous pas fermer les yeux, pour une fois ? Je vous promets de ne pas…
    — N’essayez pas de me la jouer sur ce ton, mademoiselle, et descendez de monture. Où est votre attestation de contrôle technique ?
    — Oh, mon dieu, j’ai laissé passer la date !
    — Votre cheval est en mauvais état. Le sabot arrière gauche est cassé, et l’œil droit est sujet à la cataracte. Avez-vous de quoi réparer ?
    — Oui, monsieur, j’ai une paire de lunettes équestres, et j’ai un sabot de rechange dans ma sacoche. Je répare tout de suite.
    — Bon, je ne vous verbalise pas pour ces avaries. Mais pour l’excès de vitesse, vous aurez à payer quatre-vingt dix écus, et il vous en coûtera un point de permis de chevaucher. Enfourchez votre monture et ne dépassez pas le trot, à l’avenir, à l’approche du bois des arcanes. Compris ?
    — Oui, monsieur l’agent. Et je te ferai bouffer ton tricorne.
    — Pardon ?
    —Je disais : j’ai eu tort de dépasser les bornes. Je ne le ferai plus, monsieur l’agent.
    Les cheveux en berne, la belle Natacha s’en fut, trottant tristement entre les ormes réprobateurs.

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