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Encore un dahlia noir

voici un petit texte écrit à l'occasion d'un concours entre amis, pour le simple plaisir.

la contrainte de départ était de rédiger un polar et de placer dans le texte les mots suivants, dans l'ordre:

gadoue - olé - cantique - rectangle - buvard - coquille - serpentin


après lecture, vous aurez peut-être l'impression que ces mots n'y sont pas. Mais cherchez bien!





Encore un dahlia noir


Sale affaire, se répétait Nestor en arpentant les pièces de la luxueuse demeure du bord de mer. Sale affaire. Et encore, il n’avait pas vu le principal.
— Commissaire Boyaux, par ici !
Forcément, le sursis avait été de courte durée. Le spectacle n’avait rien d’une Disney parade.
— Il en manque un bout, non ?
— Euh… oui, commissaire, nous n’avons pas encore retrouvé les jambes.
— Continuez à chercher, mais auparavant, faites-moi un topo sur la situation.
— Guilaine Shérif, quarante ans, chef d’entreprise…
— Dans quel domaine ?
— Elle vendait des bougies. Pour les automobiles.
— C’était une allumeuse ?
— Encore trop tôt pour l’affirmer, commissaire.
— Et pourquoi l’a-t-on coupée en deux ?
L’inspecteur marqua un temps d’hésitation, puis se reprit.
— Encore trop tôt pour le savoir.
Nestor remarqua avec surprise la présence d’une fleur dans les cheveux de la victime. Un dahlia noir, certainement. Pas une fleur de tous les jours.
— La légiste est arrivée ?
— Oui, commissaire, elle est juste derrière vous.
Le médecin légiste était une ancienne actrice qui avait brillé en son temps, particulièrement dans un feuilleton mémorable contant les aventures d’une princesse en Avignon. Elle s’était découvert, sur le tard, un don unique pour déterminer, sur chaque scène de crime, l’heure de la mort de la victime.
— Marthe Keller ? soupira Nestor sans se retourner.
— Vingt-deux heures quinze, répondit une voix derrière lui.
— Bonjour, Marthe. Dites, la victime a un doigt rouge.
— On ne peut rien vous cacher, commissaire. Elle a un doigt rouge, qui a servi à écrire sur le mur.
Nestor s’agenouilla près du corps. Effectivement, une inscription en lettres de sang affirmait :
Omar m’a découper.
Il se releva et tourna la tête vers l’inspecteur.
— Que dit le profiler ?
— Que l’assassin est un basketteur de l’équipe de la Napoule, qu’il écoute du R’nB et qu’il fume des gitanes maïs. Ça ne va pas être facile de le coincer, avec si peu d’éléments.
— Et comment a-t-il déduit tout cela ?
— Oh ! euh… on a retrouvé, près du corps, un short, un cd d’Amel Bent et trois mégots.
Un short, un dahlia noir. Nestor se surprit à tourner en rond. Un short, un dahlia noir. Quelque chose clochait.
— Très bien. Dites, Mme Shérif était-elle instruite ?
— Affirmatif. Elle était agrégée de littérature, auteur d’une thèse sur le rôle fondamental du participe passé dans les grandes affaires criminelles.
— Merci, inspecteur. Combien de suspects ?
— Quatre, commissaire. Le mari et trois employés de la maison. Ah, j’oubliais, on vient de retrouver les jambes de la victime au-dessus de l’armoire.
— Quelle hauteur ?
— Deux mètres quarante-huit.
Sale affaire, vraiment. Il ne serait pas aisé de trouver un coupable parmi autant de suspects. Nestor, se sentait devenir nerveux.
— Faites entrer le premier.

Le suspect numéro un était vêtu d’une tunique blanche et coiffé d’une toque assortie, contrastant avec sa peau d’un noir profond.
— Nom, prénom, taille et fonction, demanda sèchement Nestor.
— Omar Thermi. Un mètre quarante-huit, cuisinier. Je suis un bon gars, je n’aurais pas fait de mal à Mme Shérif, vous savez ?.
— Un bon gars d’où ?
— De Ouagadougou.
— Que faisiez-vous hier dans la soirée ?
— Je dormais, monsieur le commissaire.
— Bien, vous pouvez disposer.
— N’allez-vous pas un peu vite en besogne ? osa l’inspecteur quand Omar Thermi fut sorti.
— Mais non, inspecteur, vous voyez bien que ce type est un bon gars, comme il le dit lui-même. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

Le deuxième suspect entra à son tour et déclina son identité en pouffant dans sa moustache.
— Omar Allard, cuisinier également. Un mètre trente-cinq. J’étais en cuisine hier soir.
— Bien, merci. Heureux de constater que la situation n’entache pas votre bonne humeur.
Tandis que le deuxième cuistot prenait congé, l’inspecteur explosa.
— Mais enfin, commissaire, on ne pourrait pas les cuisiner un peu plus que ça ? Je suis sûr que l’un d’eux se mettrait rapidement à table.
— Pas de panique, inspecteur. Vous avez vu comme il a rigolé pendant l’entretien ? Un homme aussi jovial ne peut pas être un assassin.
— Tout de même, ne trouvez-vous pas étrange que tous les employés de cette maison soient si petits ?
— Un détail, inspecteur, un simple détail. Ne vous attardez pas sur d’aussi infimes éléments.

Le troisième suspect arborait un costume trois pièces de chez Gucci, une chevelure coiffée au millimètre et une dizaine d’ongles manucurés.
— Omar Shérif. Un mètre trente-deux. J’étais le mari de la victime, historien et auteur d’un célèbre ouvrage sur le Maroc antique. Hier soir, j’étais en cellule de dégrisement après un match de foot. Trop de bières. Contrôlé dans la rue. Embarqué direct.
— Angleterre-France ?
— Yes, sir. Trois zéro pour la France.
— Merci, monsieur Shérif, vous pouvez disposer.
— Ah, quel dommage, s’écria l’inspecteur, quand l’homme fut sorti. On tenait un mobile, c’était sans compter un alibi en béton.
— Eh… oui, l’homme avait bu.
— Va rien donner, cette enquête. Franchement, je ne la sens pas.
— Patience, patience, il nous reste un suspect.

— Alec Revisse. Deux mètres zéro quatre. Je suis le jardinier de Mme Shérif.
— Arrêtez de fumer, quand je vous parle ! Et éteignez ce balladeur. Votre alibi pour hier soir ?
— J’étais dans le poulailler, je cherchais un coq, il y en avait un de moins, et je craignais qu’il n’ait été victime d’un serpent introduit dans ces lieux.
Nestor bondit vers l’homme, faisant sursauter par là même son subordonné.
— Monsieur Revisse, je vous arrête pour le meurtre de Madame Shérif !
— Vous n’avez aucune preuve, répliqua l’homme tout en levant les mains au dessus de ses épaules.
— Au contraire, tout s’emboîte ! Pendant qu’Omar Thermi dort, qu’Omar Allart fait la cuisine, et qu’Omar Shérif est en prison, vous rêvez d’une partie de jambes en l’air avec votre patronne. Mais pas de chance, elle se refuse à vous. Alors vous la coupez en deux, jetez ses jambes par dessus l’armoire, et sous la menace d’une arme, vous la forcez à écrire ce message sur le mur avec son propre sang. Vous avez juste oublié un détail.
— Bon sang, mais lequel ?
— Vous êtes la seule personne, ici, à ne pas être prénommée Omar. Ce qui fait de vous le suspect numéro un. Vous êtes pris à votre propre piège, Alec Revisse. Embarquez-le !
— Commissaire, il y a des jours où vous m’épatez. Franchement.
— le métier, inspecteur, le métier. Vous y arriverez, un jour.

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